de(s)générations 09

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DE9-N



Rédacteur : Xavier Vert

 

 

De qui, de quoi est-on figurant ?

Et d’abord qu’est-ce qu’un figurant ? À quelle visibilité ou invisibilité se résout-il ? De quelle histoire est-il l’improbable sujet, s’il n’est pas seulement ignoré par l’Histoire ou subordonné aux histoires des autres, s’il se décline dans la conjonction de sa présence au présent et de son assignation à l’extériorité ?

Entre la doublure, la figure du réprouvé ou la foule des anonymes, c’est la construction des images et l’exposition des corps que le cinéma, l’écriture, la philosophie, les arts visuels questionnent, et en elles les formes de visibilité de ce que l’on peut nommer avec Maurice Blanchot « le besoin radical, sans valeur, sans satisfaction qui est le support nu à l’existence nue ». Le destin esthétique et politique du sensible s’inscrit dans une histoire du rapport entre les corps et les dispositifs de leur mise en scène : c’est à ce rapport que nous avons donné le nom provisoire de figurant.

Michel Foucault a jadis mis en évidence, à travers la figure de l’infâme, l’un des paradoxes constitutifs du figurant. Si l’infamie se définit moins par le délit ou l’action qu’elle suppose que par le droit inhérent ou octroyé à un pouvoir sur l’image d’un individu, son essence se résume à son indexation dans le discours du pouvoir, l’une exhibant ce que l’autre vise : noircir la renommée de ceux qui ne pouvaient prétendre à ce qu’aujourd’hui leur existence même nous fût connue. Mais dans les régions plus vastes ici abordées, une seconde aporie double la première : le figurant recueille précisément la figure de ce qui est à la fois voué à la représentation et menacé dans sa représentation. Les figurants seraient alors ceux qui toujours restent, ceux qui habitent l’angle mort « entre l’impossibilité d’une histoire “intégrale”, comme le dit Georges Didi-Huberman, et la vanité d’une histoire “universelle” ».

À travers ses différentes contributions et les nombreuses figures qu’elles interrogent – des ouvriers sortant des usines Lumière au Gilles de Watteau, du harki, figure postcoloniale du banni, aux célébrants des tableaux vivants mis en scène par Raoul Ruiz, du personnage de Stracci dans La ricotta de Pasolini aux visages anonymes de Philippe Bazin, de la figure humaine selon Robert Antelme aux puissances figurantes du décor –, ce numéro de De(s)générations voudrait indiquer quelques pistes pour une esthétique qui soit aussi une politique de la figure, en somme esquisser une hypothèse qui voit dans la possibilité de figurer, c’est-à-dire d’avoir figure, l’espace anthropologique « grâce auquel, dit Luc Vancheri, se reconduisent la matière et l’expression d’une expérience humaine ».

 

Xavier Vert

 

 

Sommaire

 

Georges Didi-Huberman : Peuples exposés, peuples figurants

Xavier Vert : L’événement spécifique de la figure

Pietro Montani : Stracci ou la figure du besoin dans La ricotta de Pasolini

Gilles Froger : Gilles

Luc Vancheri : À propos des tableaux vivants de Raoul Ruiz

Zahia Rahmani : Le harki, figure postcoloniale du banni - Entretien avec Giulia Fabbiano

Morad Montazami : Le paradigme de l’autre dans l’art contemporain : vers le concept d’archive figurale

Éric Hazan : retour sur… « pour un communisme » - Entretien avec Philippe Roux

Jean-Sylvain Bieth : The Plaster Stooge - photographies

Jean-Marc Cerino : Vuelo por encima de… - photographies

 

 

Langue : français

Date de publication : 10 novembre 2009

Format : 14,8 x 21 cm

Nb de pages : 96

Poids : 160 g

ISBN : 978-2-35575-090-8

ISSN : 1778-0845