de(s)générations 16

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/ rejets urbains /

 

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DE16-N



Rédacteur : Jean-Marc Cerino

 

 

Par leur densité, leur extension, leur structure interne, leur modalité de développement, mais également par choix ou non-choix politiques, les villes contemporaines entretiennent en leur sein comme en leur périphérie des espaces d’exclusion. Cette politique de rejet, ces espaces de relégation et ces populations mises au ban font l’objet de ce numéro. Nous poursuivons ainsi les réflexions ouvertes par les numéros 12, Peuple des voix et 13, L’exception commune, notamment avec les textes de Christiane Cavallin Carlut : « Réalités et fictions du témoignage dans la demande d’asile : la construction de la crédibilité », de Sylvain George : « De la destruction de la démultiplication des mondes », de Francesco Careri : « Rom, ou de l’impossibilité d’être un figurant » ou d’Antonia Birnbaum : « Ville, cité, site. Déplacement de l’hospitalité ».

Rejets urbains est un titre à entendre à plusieurs niveaux. Rejets en effet si l’urbanité de l’urbain se réduit à cette médiocre politesse que donne l’usage du monde pour rendre acceptable à soi le rejet de l’autre. Rejets aussi, pour filer la métaphore végétale, si de la plante qu’on pensait stérile viennent au jour les surgeons d’une vie à préserver, sinon à recréer. Rejets encore d’une possible poétique de la ville pour laquelle l’enjambement en fin de vers ménage une suspension, une respiration dans la prose du monde, autrement dit un intervalle sans lequel il n’est pas de sens commun.

Car il va sans dire que, pour autant que le lien ou le nouage qui constitue et anime l’être ensemble trouve de plus en plus son lieu d’effectuation, de passage ou d’ouverture dans l’horizon de la ville, il faut bien reconnaître que c’est dans cette dernière que le sens de cet être-en-commun s’espace prioritairement aujourd’hui, s’espaçant à même ou comme le tissu complexe, multiple et sans fin (au double sens du terme, c’est-à-dire sans but et sans terme...) à travers lequel il se donne corps et se touche en elle. Mais cela seulement sans qu’il n’en revienne à personne, exclusivement ou totalement, le savoir ou la science du tissage. La ville ou l’urbanité dans son déploiement, sa maîtrise ou son inventivité n’appartenant pas aux seuls urbanistes, ni à quelques décideurs quels qu’ils soient, politiques ou autres, au risque – comme tant de lieux centraux ou peut-être plus encore périphériques de la ville le manifestent si violemment aujourd’hui – d’en provoquer l’étiolement ou l’étouffement, comme celui du sens et de la co-existence mêmes.

La ville serait ainsi le corps et le cœur de cette exposition ou de cet espacement du sens, là où la communauté (l’existence comme co-existence) se touche elle-même en se touchant infiniment finie, à même le singulier-pluriel de chaque rencontre, de chaque passage, de chaque blocage ou de chaque évènement du tissu urbain. C’est le corps du lien, son lieu qui n’en finit pas – dans l’ouverture qui le constitue – de se dénouer et de se renouer. La ville a ceci de particulier qu’elle peut permettre aux existences qui s’y partagent et s’y exposent de l’habiter sans pouvoir s’y intégrer, c’est-à-dire de s’y espacer tout en y étant rejetées, mais aussi ceci que, même dans les conditions les plus difficiles ou les plus hostiles, dans ses banlieues ou ses plus extrêmes périphéries, dans ses bidonvilles et ses bordures les plus inhospitalières, où atterrissent en général tous les migrants et les déshérités de la terre ou de la mondialisation, quelque chose de l’invention de l’avec en son espacement urbain (des rejets ou des bourgeons du sens) peut toujours refleurir. C’est dire qu’y compris dans ses pires espaces de relégation ou d’exclusion, là où le rejet (la non-intégration ou le non-accueil de ses habitants) est plutôt la règle ou la norme, des rejets, en dehors de toute planification ou programmation zénithale et totalisante, mais pour autant qu’on leur en laisse l’espace et le temps, sont toujours possibles, souhaitables même, souvent issus d’ailleurs, à même le terreau urbain dans les interstices de la ville, d’attentions ou d’initiatives singulières qui n’en revendiquent ni la volonté, ni la paternité.

N’est-ce pas là le signe qu’en tout ce qui touche à l’être ensemble (et particulièrement avec la ville pour autant qu’elle est désormais son espace d’ouverture privilégié), la volonté de planification, d’organisation et de maîtrise totale représente ou constitue le pire moyen de l’effectuer ou de lui donner corps ? Car il n’y a aucun domaine en ce qui concerne l’être ensemble qui ne s’accommode d’une volonté totalisante, pour ne pas dire totalitaire, au point, lorsqu’elle s’exerce, d’en exclure, d’en figer ou d’en anesthésier tout le mouvement, l’espacement ou l’ouverture fondatrice, où seulement il ne cesse inlassablement de s’inventer dans l’accueil d’un sens toujours multiple, indécidé et indécidable.

 

Jean-Marc Cerino, Michel Gaillot

 

 

Sommaire

 

Michel Gaillot : Sur les bords de la ville…
Eric Hazan : Les chiffonniers, le bricolage et la lenteur - Entretien avec Jean-Marc Cerino,
Alexandre Costanzo & Philippe Roux
Michel Agier : Campement urbain
Valerie Jouve : Entretien avec Michel Gaillot
Manuel Boucher : Pacificateurs de désordres urbains
Jean Furtos : Villes et clinique psychosociale
Jean-Christophe Bailly : Le contrat avec l’utopie
François Cusset : Retour sur… « Postérité du postcolonial » - Entretien avec Philippe Roux
Brigitte Bauer et Jean-Marc Cerino : Photographies - Le Caire / Alexandrie, janvier 2012



Langue : français
Date de publication : juin 2012
Format : 14,8 x 21 cm
Nb de pages : 96
Poids : 144 g
ISBN : 978-2-35575-185-1
ISSN : 1778-0845