de(s)generations 17

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DE17-N



Rédacteur : Jean-Baptiste Sauvage

 

 

 « La valeur des villes se mesure au nombre de lieux qu’elles réservent à l’improvisation ».
Siegfried Kracauer, 1964.
 

 

Le numéro 16 de la revue est sous presse, nous savons déjà que Rejets urbains sera suivi d’autres textes sur la ville. C’est lors de repérages, en remontant cette saignée haussmannienne, que le titre du prochain numéro m’apparaît comme une évidence, Ville recto. 

 

Cette longue avenue, accolée au quartier du Panier, tente une nouvelle fois son hold-up raté 140 ans plus tôt : ramener la bourgeoisie au centre de la ville de ce côté-ci de la Canebière. Attirer les investisseurs et séduire les enseignes de luxe. Sachets de lavande sur les pentes du Panier, sacs Longchamp rue de la République, le Starbucks café est déjà en place et le culte fétiche de la marchandise reprend peu à peu du terrain. Le port se meurt mais l’avenir sourit aux croisiéristes en goguette sur la Méditerranée, les immeubles flottants accostent et font halte à Marseille respirer un air de Provence qui n’a pourtant jamais eu l’odeur de la cité phocéenne. Comme chez les orientalistes, on vient trouver, confirmer une idée qu’on se fait de la ville plutôt que chercher ce qu’elle est aujourd’hui, et rien ne semble perturber la mise en place de ce décor savamment concocté. Un peu plus haut dans la rue, le côté western marseillais resurgit, persiste encore : devantures fermées, images placardées d’enseignes annoncées qui tardent pourtant à s’installer. « Bientôt… ici… pour vous… votre artisan traditionnel »… since 1988. Par quel truchement nos villes basculent-elles inexorablement dans le façadisme bidimensionnel ? De quelle manière ce décor in situ, et les marges excluantes qu’il génère, se mettent-ils en place ? C’est l’un des enjeux de ce numéro. En relisant la phrase de S. Kracauer je pense au texte de Charlotte Nordmann sur les aires de jeux, mise en lumière précise et édifiante de ce premier espace de contrôle normatif alloué aux enfants dans nos villes. Les enjeux du pouvoir se sont toujours manifestés dans l’organisation de l’espace social, et l’espace public n’est plus quand il n’est réduit qu’à un espace de traverse, artefact d’architecture souvent muséifié qui nous ferait presque regretter le plan Voisin du Corbusier…

 

Le ventre de la ville se vide, le bistrot est remplacé par le magasin de téléphonie mobile, la brasserie par la banque. À l’image de la maison dorée située au 20, boulevard des Italiens à Paris, le façadisme est symptomatique de la ville vivant sur les restes de la bête. Cet ancien restaurant évidé, dont la façade n’est maintenant qu’alibi, est aujourd’hui incorporé à une nouvelle construction : le siège de la BNP.

 

Pourtant, à l’image de Marseille, ou de Saint-Étienne dépeinte par Jean-Christophe Bailly dans ce numéro, la ville échappe, interroge le politique et persiste parfois à ne pas suivre la grille qu’on lui assigne, d’innombrables signes apparaissent, se déplacent. La ville invente toujours au milieu des décombres, dans les plus petits interstices, ceux-là même où nous avons encore le choix de nous projeter.

 

Jean-Baptiste Sauvage

 

 

Sommaire

 

 Camille Videcoq : Par la bande
Jacques Réda : Poème
Charlotte Nordmann : Liberté surveillée
Alexandre Costanzo & Daniel Costanzo : Brasilia
Louidgi Beltrame : Les espaces potentiels - Entretien avec Alexandre Costanzo, Daniel Costanzo
& Jean-Baptiste Sauvage
Xavier Boissel : My city was gone
Gisèle Gonon / Philippe Roux : Derrière le paysage liquidé : la peinture
Pascal Michon : Retour sur… L’eurythmie comme utopie urbaine
Jean-Christophe Bailly : UN RETOUR (Saint-Étienne, juin 2032)
M. Vandestien : Construction en Camargue en 1989 des décors du film Les Amants du Pont Neuf de Léos Carax - Photographies



Langue : français
Date de publication : novembre 2012
Format : 14,8 x 21 cm
Nb de pages : 96
Poids : 144 g
ISBN : 978-2-35575-197-4
ISSN : 1778-0845